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Ils gouvernent déjà ! par Charles Jérémie

mercredi 5 janvier 2011, par Club Politique Bastille

PRÉSENTATION :

Le samedi 18 décembre 2010 plus d’une trentaine de militants se sont réunis (beaucoup été excusés à cause des intempéries) avec les animateurs du « Club socialisme maintenant » pour débattre. Notre camarade allemand Willi Hajek qui devait introduire la discussion n’ ayant pu se déplacer pour raisons de santé, son exposé a été diffusé au début de la réunion. Nous avons alors engagé le débat en reprenant les diagnostics que nous avions portés sur « le mouvement ouvert cet automne 2010 » dans la réunion précédente à la lumière des derniers évènements en Europe : révolte des étudiants anglais , de la jeunesse italienne, des travailleurs et des jeunes grecs… contre les conséquences des plans d’austérité des gouvernements bourgeois européens élaborés avec le FMI et la Commission européenne au nom du paiement de la dette publique spectaculairement creusée par le renflouement des banques. Retour passionné sur l’ analyse et bilan de ce grand mouvement de lutte des classes que nous venons de vivre en France et le caractère de contagion qu’il est en train de provoquer, retour sur la crise économique et la nécessité du « non paiement de la dette » comme base de la solidarité entre les salariés et jeunes européens… Plusieurs camarades rédigent leurs réflexions que nous publierons prochainement sur notre site.

L’un des aspects sur lequel nous avons essayé d’approfondir s’est centré sur un problème que nous avions soulevé celui de « l’ alternative politique » :

« (…) Si on dit « le mouvement n’ a pas eu de répondant politique » on se tourne naturellement vers l’ hypothèse institutionnelle autour du PS et du PCF. C’est inévitable. Or le mouvement est l’alternative politique, en tant que tel. C’est sur lui qu’elle s’établit, sur ce que les dix millions de salariés qui durant huit semaines ont manifesté, ont inscrit dans leur lutte politique. Eux sont l’ alternative politique, pas seulement l’ alternance possible, ils sont l’ alternative politique, ils peuvent en bas commencer à construire, exprimer leur volonté, commencer à se regrouper comme ceux qui étaient sur les piquets de grève des raffineries et affirmer le début d’une solidarité politique… Ce n’est pas simple mais un tel mouvement en a les capacités. Si on ne centre pas notre réflexion là-dessus, une fois encore on dira que les salariés, la jeunesse n’ ont pas les moyens de se hisser à la hauteur de la question du pouvoir et qu’ ils doivent le confier aux organisations politiques , PS, PCF et Mélenchon. Si on dessaisit le mouvement de cette capacité politique , c’est que on ne croit pas à la possibilité de cette prise en main par lui-même. Or c’est tout le contraire. Les gens qui sont dans les arcanes du pouvoir sont très inquiets. Tant que cela reste entre les mains de Thibault (CGT) tout va bien. Avec Thibault qui « est une homme responsable » tout se passe bien. Si par malheur cela devait, comme ils disent « dégorger », (Trotsky disait « repousser les palissades ») là les choses seraient très compliquées. ». et en conclusion nous disions (…) « aller vers les combattants, non pas pour les convaincre que nous avons raison mais pour les convaincre qu’ils peuvent être le sujet de l’ histoire ».

C’est dans ce cadre que nous publions une première réflexion du camarade Charles qui prolonge une partie des débats engagés.

ILS GOUVERNENT DÉJÀ ! PAR CHARLES JÉRÉMIE

Un camarade inspiré a proposé, lors d’une réunion du club, une formule particulièrement pertinente qui prête à la réflexion : ils gouvernent déjà ! A tout seigneur tout honneur, DSK ancien ministre du gouvernement Jospin est donc Directeur Général du FMI. Ce n’est pas simplement une annexe internationale du Trésor américain, son bras armé. C’est le lieu où s’élaborent effectivement les réponses à la crise, en général sur la planète, mais aussi pays par pays. Lorsque le directeur général réforme l’institution, la fait évoluer, c’est pour mieux agir en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Afrique et en Amérique Latine. Les pouvoirs politiques de DSK sont vraiment considérables. Le rôle qu’il joue dans la sauvegarde de la mondialisation néolibérale est majeur. Naturellement il agit main dans la main avec les dirigeants américains. Ils ont confiance en lui.

Mais pas seulement. Alors que François Lamy, émissaire socialiste négocie l’organisation du commerce mondial, c’est-à-dire les grandes lignes du plan économique de la mondialisation, fait accélérer la dérégulation internationale, la mise en concurrence brutale des classes ouvrières entre elles, DSK tente d’ordonner les désordres monétaires, de définir les priorités : assurer l’ordre social en faisant payer par des salariés licenciés, surexploités, sous-payés, le remboursement partiel de la dette souveraine. Ainsi, sans exagération on dira que DSK est un chef d’Etat sans territoire. Il réunit, rassemble, convainc, morigène, réprime les chefs d’Etats locaux. Lui, il a un magistère international. En cela, la formule : « Ils gouvernent déjà ! » est très pertinente. En Grèce, au Portugal, en Espagne, hier en Allemagne, en Angleterre, demain probablement en France, les dirigeants socialistes gouvernent, gouvernaient, gouverneront.

Essayons d’être précis.
De nombreux camarades disent, révoltés, à l’avance, si DSK est le candidat de la « gauche » ce sera sans nous ! Bien. Sous entendu, si c’est Martine Aubry, réformiste classique (!), les choses sont différentes.
Evidemment DSK est un homme, Martine Aubry est une femme. La différence est manifeste.

Sur le plan politique ?
La politique du maire de Lille est-elle plus à « gauche » que celle de l’ex-maire de Sarcelles… Rien de probant.
Mais aujourd’hui concrètement, y a-t-il une différence entre les positions de DSK et de Martine Aubry. Ils ont tous voté, approuvé, le récent texte de référence sur l’égalité, en fait l’inégalité sociale au Parti Socialiste. Lors du conseil national qui a approuvé ce document, Martine Aubry a tenu à « saluer » la politique du « camarade Papandreou ». Accord total entre le PS et le FMI.

Dans les rues à Athènes, les manifestants peignent sur leurs banderoles les noms de Papandreou (gauche), Karamanlis (droite) et DSK (FMI). Au plan mondial avec DSK, François Lamy, le parti socialiste français investit ses meilleurs dirigeants dans la mise en œuvre de la politique la plus réactionnaire contre les millions de salariés, de jeunes, de chômeurs. Certes lorsque J.C. Cambadélis, J.M. Leguen, Jack Lang vont soutenir en Côte d’Ivoire le dictateur Gbagbo, ils se trompent, mais au-delà de la corruption, cette démarche s’inscrit dans la défense des intérêts de la France en Afrique.

Ils gouvernent déjà. Demain de braves gens nous mettront en demeure de « choisir notre camp ». D’aller voter, au second tour pour cette politique. Nous ne sommes ni des idéologues, ni des partisans du tout ou rien, ni des gauchistes. Nous admettons qu’en certaines circonstances, le bulletin de vote puisse faire progresser, à la marge, l’action des salariés. Là, rien de tel. Ou l’action politique des salariés et de la jeunesse inventera d’autres lieux de démocratie représentative, ou le rejet populaire justifié de Sarkozy aboutira à l’élection de DSK ou Martine Aubry !

Sur ce terrain aujourd’hui, le salariat est perdu d’avance.
Ils gouvernent déjà !

Ségolène Royal, Martine Aubry, L. Fabius, DSK, J.Luc Mélenchon, Marie-Georges Buffet, ont été membres d’un des gouvernements les plus réactionnaires de la Ve République, celui de Lionel Jospin. Il faut mémoire garder. En 1999, pour la première fois depuis la Libération, ce gouvernement « socialiste » privatisait le Crédit Lyonnais…

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