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Texte du 21/08/2019

mercredi 21 août 2019, par Club Politique Bastille

Texte du 21/08/2019

Les plus anciens se souviennent d’une époque où une grève, un affrontement, un événement international inopiné, conduisaient immédiatement à annoncer un « tournant » dans la situation politique. Une « nouvelle période ». La conséquence de cette appréciation était, naturellement, une accélération de la marche à la « crise révolutionnaire ». Évidemment, il fallait construire plus vite le parti révolutionnaire etc…

Que de « tournants » dans la « crise mortelle de la Ve République » sans oublier la période de « l’imminence de la Révolution » alors qu’au même moment, le duo Thatcher-Reagan préparait la contre-offensive du capital pour imposer la mondialisation et faire payer aux salariés la jeunesse, la « grande peur » que les mobilisations révolutionnaires internationales de 1968 avaient provoqué.

Ces rappels doivent nous servir de leçon. Nous devons être prudent dans les appréciations, plus encore dans les pronostics. Éviter les emportements.
Hong Kong c’est Hong Kong.
L’Algérie, l’Algérie.
Le Soudan le Soudan.
Moscou, Moscou.
Chacun de ces pays a ses particularités historiques économiques culturelles et politiques.
« La lutte des classes est nationale dans sa forme, internationale dans son contenu » (Marx)
Constatons cependant que s’est levé depuis plusieurs mois une mobilisation de masse magnifique concomitante sans précédent. Et dans chaque pays, c’est le gouvernement qui est visé. Les insurgés, les rebelles, les combattants avancent, ne lâchent rien malgré la violence de la répression – 250 morts à Khartoum ! –

Les manifestants progressent, reculent mais maintiennent l’objectif : chasser les gouvernements militaires policiers corrompus. Imposer la démocratie. Et, en Algérie, au Soudan, le pouvoir a commencé à reculer. Le seul fait que l’armée n’ait pas écrasé les mobilisations est un indicateur politique.
À Hong Kong, les manifestations à répétition sur une longue période disent la ténacité de l’écrasante majorité de la ville, territoire insurgé. Et puis il y a une lucidité politique. Éviter la violence pour répondre par des actions de masses !
C’est maintenant un événement mondial. La presse locale compare cette mobilisation aux révolutions arabes… Une crise d’une telle ampleur ne peut être sans conséquences en Chine continentale d’où l’hésitation de Pékin. De même, la situation algérienne inquiète les cercles dirigeants marocains. Répétons le : dans ces pays, ils sont des centaines de milliers à combattre. Des masses considérables.
La facilité consisterait à comparer ces mobilisations avec le mouvement des Gilets Jaunes. Ce n’est pas pertinent. À Alger, Hong Kong, Khartoum, il s’agit de manifestations de masse. Toute la société est dans la rue.

Au début, les Gilets Jaunes rassemblaient des centaines de milliers. Ce n’est plus le cas. Macron a raison de craindre que le mouvement continue mais il n’est pas – pas encore ? – au niveau des pays évoqués.
Il ne faut pas s’emballer.
Souvenons-nous.
Contre la guerre du Vietnam, contre le gouvernement et le trust Springer à Berlin, à Prague, Varsovie, contre les gouvernements staliniens, en Italie contre le patronat avec déjà une liaison étudiants ouvriers, en 1967 s’est levé un mouvement de jeunesse. Une mobilisation révolutionnaire qui ne formulait pas d’alternative gouvernementale mais était résolument sur le terrain anticapitaliste. C’est dans ces circonstances qu’a éclaté en France Mai 68.

Sommes-nous à la veille d’une vague internationale ? Impossible de répondre. La processus n’est pas encore suffisamment développé. Ce qui me frappe, c’est la comparaison établie par nombre d’historiens avec les Révolutions de 1830 et 1848, la Commune.

Dans tous les pays évoqués, les mouvements écartent syndicats et partis traditionnels partent de la base, sont auto-organisés.
Donc, je n’annonce aucun « tournant ». J’essaye de saisir l’air du temps.

Et si la « vieille taupe » refaisait surface ? Et si la Révolution démocratique était à l’ordre du jour ?
Que dans un de ces pays, la mobilisation l’emporte, les conséquences internationales seraient considérables. Le pessimisme commencerait à se dissiper, l’optimisme, la confiance gagneraient. Bref, si nous ne vivons pas – encore ? – une nouvelle période mais à l’évidence, la concomitance de ces évènements, leur force, le caractère auto-organisé, la lutte concrète, pratique pour la démocratie, montre qu’il se passe quelque chose de majeur.
Discutons-en.

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