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Et si c’était le contraire ?

mercredi 30 septembre 2015, par Club Politique Bastille

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas mais c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.
Sénèque »

De nombreux textes s’interrogent sur l’origine de la crise du POI-CCI. Nombre d’entre eux insistent sur le fait que la dislocation du courant lambertiste comme la crise du NPA, l’atonie de LO et bien sûr sur les crises du PCF et du PS sont le produit d’une « intensification de la lutte des classes ». Par exemple, les camarades de la Commune écrivent :

  • « Il est évident que cette cassure (le POI-CCI) cette « implosion » a ses racines dans la situation politique historique que nous vivons et qui voit tous les partis sans exceptions entrer en crise car incapables de répondre aux positions politiques, économiques, institutionnelles qui se posent à toutes les classes, dans une intense lutte des classes que tous s’ingénient à refuser de voir. »

Et si c’était le contraire ?

Depuis 1968, soit près d’un demi-siècle ( !) aucune lutte des classes en Europe n’a posé le problème du pouvoir (1). L’intensité de la lutte des classes se mesure à cette aune. (2) En 1968, la question du pouvoir, d’un gouvernement de la mobilisation des masses s’est posée notamment en France et en Tchécoslovaquie. En France il fallait combler le vide politique créé par la panique de la bourgeoisie. Grâce au PCF et à la CGT notamment le travail a été fait. À Prague il a fallu les chars.
Et si la dislocation des organisations issues du mouvement ouvrier procédait d’une
situation inverse ? Et si l’implosion, les scissions, le recul généralisé de toutes les organisations révolutionnaires provenaient de l’absence de toute perspective révolutionnaire sérieuse ?
Depuis près de quarante ans, la mondialisation a fait exploser la classe ouvrière. Et là où le chômage de masse n’est pas encore à l’ordre du jour, la surexploitation des travailleurs a fait sauter tous les acquis. Depuis près de quarante ans, les organisations de collaboration de classes PS, PCF s’épuisent à assurer les « alternances ». Se réduisent à des élus, de moins en moins nombreux, à des appareils fragilisés en bout de course. Les organisations syndicales sont, pour les sommets, devenus des rouages des gouvernements, des partenaires du patronat. Malgré le dévouement des militants à la base, ils sont désertés.
Depuis près de quarante ans, les organisations révolutionnaires ne parviennent pas à proposer une alternative sérieuse à la mondialisation néo-libérale, à l’érosion des organisations traditionnelles. Ce sont les attaques contre les salariés qui rythment la situation. Depuis cette époque notamment après la chute du Mur les mots – lorsqu’ils sont encore utilisés – sur l’alternative socialiste, voire communiste, n’impriment plus. Depuis près de cinquante ans ( !) les espoirs issus de la crise révolutionnaire de Mai 68, sur tous les continents, ont disparus.
L’échec de la révolution politique en URSS, dans les pays d’Europe de L’Est, La transformation de la Chine en usine du capitalisme mondial, Les défaites des classes et des peuples dans toutes l’Amérique Centrale et Latine, L’atonie, le reflux des luttes des classes en Amérique du Nord et en Europe. Autant d’éléments majeurs qui battent en brèche les affirmations révolutionnaires ! Pour ne prendre qu’un exemple historique. De 1847 (parution du manifeste communiste) à 1914 les multiples crises révolutionnaires ont jailli en Europe, en particulier en France, aux États-Unis. 1848, 1870, création de partis socialistes de masses, de syndicats puissants, de grèves générales dans toute l’Europe, contraignant la bourgeoisie à des reculs d’importance. Le capital développait, composante essentielle des forces productives, un prolétariat massif mondial, classe révolutionnaire.
Ce n’est pas le cas. La Grèce et l’Espagne permettent, peut-être, d’entrevoir une perspective nouvelle. Les luttes des classes là vraiment « intense », des opprimés toutes générations confondues se sont manifestés, moins dans les entreprises que dans les villes sur les places. Les Indignés c’est l’expression du combat du peuple contre le gouvernement néo-libéral. Podemos est à la fois son produit et sa négation. Il suffit de lire les déclarations du dirigeant de cette formation pour mesurer qu’il préconise une politique électoraliste et surtout une « alternance » au gouvernement bourgeois classique. Le haut de Podemos c’est une nouvelle forme de social-démocratie. La base c’est évidemment différent. Y aura-t-il un clash ? Qui l’emportera ? Nul ne peut répondre a priori. En partie cela dépendra des luttes anti UE et anti-austérité dans les autres pays.
À cet égard la situation grecque est intéressante. Le mouvement des masses a été trahi de manière spectaculaire par le parti qui était son émanation directe, Syriza. Certes rien n’est définitivement joué mais la démoralisation des masses est considérable, inévitable. En attendant, en Grèce, c’est une victoire des bourgeoisies européennes au premier chef Merkel et son assistant Hollande. En Espagne en Grèce le problème, la solution, c’est bien sûr la démocratie révolutionnaire. Celle qui garantit la volonté des peuples. Celle qui contrôle ses représentants. L’héritage de la Commune. Cette étape exige une expérience historique et une conscience aiguë des obstacles à surmonter.
La bourgeoisie dispose, par sa position dans la société, son expérience historique de la plupart des outils pour faire face aux explosions révolutionnaires. Les salariés doivent tout créer, inventer. C’est beaucoup plus compliqué… Aujourd’hui, les nouvelles technologies révolutionnent le procès pratique de production, expulsent des millions de travailleurs, isolant ceux qui sont exploités, avec un développement de la précarité physique, psychologique jamais vus. La jeunesse doit s’exiler pour survivre. Les conditions de combat de classe sur les plans politiques et syndicales sont bouleversées. Le service public est privatisé, ou aligné sur le privé, disloqué. Certes, certes il reste des prolétaires, des salariés, des exploités. Mais ils sont totalement sur la défensive. Les « luttes » sont désespérées.
Le Capital n’a de cesse d’accroitre son offensive permanente jusqu’à menacer l’intégrité de l’humanité ! Je n’écris pas ces lignes pour peindre le noir sur le noir, mais pour tenter de cerner la réalité. L’irruption de millions de réfugiés fuyant la guerre et la misère est une formidable arme de guerre pour le patronat et le gouvernement contre les salariés, les statuts, les salaires. Et que dire des fantasmes xénophobes racistes mis en œuvre ? Ajoutons que Daesh est le meilleur ennemi possible pour l’impérialisme alors que les progrès de l’islamisme fut-il « modéré » marque un recul du rationalisme, de l’héritage des Lumières. Ces éléments considérables doivent être analysés.

Évidemment nul n’a établi le bilan.

Rabâcher, répéter des formules usées tourne le dos à l’élaboration de solutions. La crise du POI-CCI au bout du bout c’est l’absence de démocratie qui rend les armes.
Mais la situation n’est pas vraiment différente dans les différents groupes qui se sont
constitués, issus de l’OCI. Ainsi, le groupe de Just a explosé, les différentes factions se trainant en justice.
La Commune végète. Une centaine de militants il y a 20 ans…À peu près autant
aujourd’hui…S’il existait une « intense » lutte des classes, chers camarades, probablement auriez-vous progressé. De même l’explosion de la revue « Carré Rouge », la confiscation du comité de rédaction par trois quatre rédacteurs contre la majorité
illustre la pérennité des méthodes - lambertistes bureaucratiques ! Et bien sûr, hélas la dislocation du NPA s’inscrit dans cette crise générale. Pour ces raisons, et quelques autres que je n’ai pas le temps d’aborder, cette fin d’un cycle pour les organisations va se poursuivre encore jusqu’à une atomisation complète. Il faut que tout disparaisse pour que quelque chose puisse renaitre. Mais la mort programmée des partis et des petites organisations va nous faire traverser une période très difficile : celle des sectes, des communautés, des tribus des barbares etc.
Daniel Bensaïd a écrit ça avec infiniment plus de talent. C’est un passage obligé avant des regroupements possibles. L’absence de jeunes dans tous les partis et regroupements, illustre une impuissance absolue. Aujourd’hui, une organisation de jeunesse de masse, radicale, anticapitaliste est pourtant possible et évidemment nécessaire. L’incapacité des groupes à aboutir dit notre échec collectif.
C’est souvent dans les périodes de recul que les révolutionnaires ont reconstruit l’espoir. C’est possible. Encore faut-il ne pas se raconter d’histoire.

Et poursuivre librement cette discussion.

Le modèle « léniniste » est mort. En 1968 nous étions cinquante ans après la révolution d’octobre 1917. Dans deux ans nous fêterons le 100ème anniversaire…
Charles Jérémie

(1) sauf la révolution portugaise
(2) Naturellement il y a eu une « révolution arabe ». Elle a été écrasée. Cf. l’Egypte.

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