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Prochaine offensive du MEDEF contre l’assurance maladie de la Sécurité Sociale, par Gérard Deneux

mardi 25 janvier 2011, par Club Politique Bastille

Après la bataille des retraites, qu’il vient laborieusement de gagner, et quand bien même, Tsarko son homme de main du moment soit une valeur électorale déconsidérée, le MEDEF poursuit son offensive. A la crise du capitalisme, un seul remède : libéraliser encore plus, privatiser les secteurs publics rentables. Il a décidé cette fois de s’attaquer à la branche « maladie » de la Sécurité sociale, dont Tsarko, en fin de règne, a promis de commencer à en dénaturer la logique intergénérationnelle et solidaire, en créant une nouvelle branche « dépendance vieillesse » dans laquelle les assureurs privés pourront s’introduire. Mais cela n’est qu’entrée en matière.

Le 15 décembre 2010, Laurent Mauduit, sur le site Mediapart, a révélé le contenu d’une étude confidentielle du MEDEF, plus exactement de l’un de ses groupes de travail où siègent essentiellement les représentants distingués de la Fédération Française des Sociétés d’Assurances. Ce document, avalisé par les instances du MEDEF, se présente comme un argumentaire vibrant de réalisme, à faire ingurgiter aux prochains candidats pragmatiques à la présidentielle prochaine. La novlangue qui est employée, et dont on va servir quelques extraits, vise à berner les gogos individualistes que nous serions tous. Mais, derrière cette rhétorique en trompe-l’œil, se profile un argumentaire jouant sur nos réflexes prétendument égoïstes afin que la cupidité sans risque des assureurs privés soit satisfaite.

Novlangue et arguties assurantielles

Il nous faudrait croire ceux qui écrivent que « l’assurance maladie (de la Sécurité sociale) est trop coûteuse » car, voyez-vous, « l’Etat providence n’est plus soutenable pour les années à venir ». A les suivre, la déresponsabilisation des malades serait engendrée par le système, c’est une évidence : « la branche maladie de la SS est assise sur une logique trop collective ». Nous serions donc des consommateurs de soins boulimiques dont il faudrait restreindre l’offre et c’est la raison pour laquelle ces gens bien intentionnés proposent « d’engager une réflexion systémique (ça fait sérieux !) pour conforter notre (la leur ?) système de santé, afin d’y introduire des réformes courageuses (contre qui ?) au plus tôt, sans doute après les élections présidentielles de 2012 ». Comment ? Mais la recette est simple : il s’agit de « recentrer (ce terme va plaire à certains syndicalistes adeptes de la méthode) l’assurance maladie sur des missions revues à la baisse pour permettre aux mutuelles et aux assurances privées de prendre le relais ». Qu’en des termes choisis ces choses-là sont dites ! Mais ne s’agit-il pas d’un air déjà entendu qui claironne à faire grincer la nuit des cris d’oiseaux déplumés que nous serions tous ? Eh non ! Si le chacun pour soi l’emporte ! A preuve, leur présentation de statistiques reposant sur notre soi-disant volonté de ne pas payer pour les autres.

N’est-il pas, en effet, injuste que l’assurance maladie obligatoire (AMO) soit financée à 90 % par les actifs et seulement à 10 % par les retraités ? Alors même que les prestations de santé ne concernent que 60 % des actifs et 40 % des retraités ? Les têtes couronnées ne coûtent-elles pas trop cher aux actifs ? Pire, 5 % des bénéficiaires concentrent 51 % de l’AMO et, horreur ! ils sont remboursés à 93 % ! Mais, pourquoi donc les bien-portants devraient-ils payer pour les malades ? Certes, leur présentation statistique est plus euphémique mais leur présentation chiffrée assure le déroulement de leur logique cyniquement assurantielle : il n’y a pas de raison ( !) que ceux qui ne consomment pas de soins, qui ne présentent aucun risque de santé, paient pour les plus grands consommateurs, à savoir les plus jeunes et les plus âgés. Faut-il instaurer un système de bonus-malus ?

En fait, ce qui est visé, c’est le système instauré en 1945 de solidarité intergénérationnelle, celui qui a fait baisser la mortalité infantile et qui, entre autres, a contribué à allonger la durée de vie. Cet acquis civilisationnel ne serait plus de mise, trop archaïque dans ce « monde entré dans la modernité » de la globalisation financière.

En conséquence, le processus de maltraitance de la santé publique en marche depuis plus de 20 ans doit résolument s’accélérer. Selon les chiffres officiels, en effet, les dépenses de soins médicaux remboursés par le régime de base de la SS (n’) ont décroché depuis 2004 (ne) passant (que) de 77,1 % à 75,5 % en 2010, le reste à charge pour les assurés (n’)augmentant, quant à lui (que) de 8,3 à 9,4 %. Bon, ce ne sont là que des moyennes, il y a bien pire pour des cas particuliers. Mais, le MEDEF n’en a cure, sa logique c’est « pas de pitié pour les gueux » en particulier pour ceux venus d’ailleurs, car, voyez-vous « il faut endiguer l’explosion ( !) de l’aide médicale de l’Etat (AME) réservée aux immigrés en situation irrégulière ». Sûr qu’Hortefeux et La Pen1 vont reprendre en chœur cette fredaine grinçante pour le plus grand plaisir des oreilles xénophobes ! Au-delà de ces élucubrations, bien peu prophylactiques, le projet du MEDEF n’a d’autre ambition que celle d’accélérer l’asphyxie de la Sécurité Sociale à seule fin d’organiser la montée en puissance des assureurs privés.

Les « propositions » intéressées du MEDEF

Le texte affirme d’abord un principe : « l’assurance maladie obligatoire de la SS doit être recentré sur les risques lourds ». Quant « aux autres risques (légers !), ils doivent être confiés aux assureurs privés ». Pas fous les bougres ! Ils se réservent ceux qui dépensent le moins en soins de santé. Bref, le MEDEF propose de recourir à cette vieille recette capitaliste, la socialisation des pertes (les contribuables paieront) et la privatisation des profits (les capitalistes empocheront) et nous serions conviés à promouvoir ce partenariat public-privé à deux vitesses. Pour ce faire, la modernité informatique est requise pour « la transmission des données dont la Sécurité Sociale détient le monopole » et ainsi, la concurrence libre et non faussé prévaudrait … L’on recourrait, pour ce faire, excusez les termes, à une « concession de service public » afin de « mettre en place un dispositif de télémédecine » … au plus près des clients ( !).

Cette étape franchie, nous disposerions du libre choix dans un nouveau système à 3 niveaux. Le premier, c’est « l’AMO à minima ».Comme l’écrit Yann Fiévet2 « on appréciera la formule » laconique. Deuxième niveau : « l’assurance complémentaire obligatoire ou facultative », tout dépend de vos moyens. Quant au 3ème niveau, c’est celui de « l’assurance maladie supplémentaire libre » … à vous de souscrire à cette option de qualité …

Restent les conseils et recommandations que nos experts patronaux, pas avares en la matière, dispensent aux prochains gouvernants, qu’ils soient libéraux ou « socio »libéraux, car ces gens-là sont conscients des problèmes à venir et ne manquent pas de solutions. « Pour les gros risques, la voie des franchises mériterait d’être approfondie, même si elle est mal tolérée par les Français ».Et assurément, Bachelot n’en en pas fait assez. « Il faut réduire les frais hospitaliers », « les établissements doivent être mis en concurrence avec une extrême rigueur ». Bigre ! « Le personnel non médical doit être externalisé », autrement dit privatisé, sous payé et précarisé. Ah ! La moderne flexibilité !

Mais, alors, pourquoi après avoir proposé ces « courageuses réformes » contre les salariés, les soignants et les patients, employer un ton interrogatif et un ton euphémique pour savoir si, demain, « le régime de base doit se focaliser soit sur les plus démunis soit sur les plus malades » ? C’est que, voyez-vous, « les affections de longue durée coûtent trop cher et provoquent un déficit croissant ». Ah ! Il eut été inconvenant de proposer le recours comptable à l’euthanasie …

Mais, surtout, ne touchez pas au grisbi des industries pharmaceutiques car, paraît-il, et il faudrait les croire, en ce qui concerne les coûts des médicaments remboursés par la SS, les modalités de mise sur le marché, les complaisances et les complicités des laboratoires, avec les autorités ( !) politiques et les hauts technocrates grassement rémunérés : « Tout ce qui a été fait en matière de maîtrise a été fait », circulez, il n’y a rien à voir. Servier, le Médiator empoisonneur, ami de Tsarko, décoré de la Légion d’honneur par lui, appréciera en ces temps difficiles.

Faut-il s’étonner que le MEDEF introduit comme chez lui dans l’Etat de la ploutocratie régnante, continue d’appliquer méthodiquement son programme, tel que Denis Kessler, le n°2 du MEDEF, patron des assurances AXA, l’a révélé dans toute sa candeur, le 4 octobre 2007, à l’hebdomadaire Challenge : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance … Il est grand temps de le réformer et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes peuvent donner l’impression de patchwork tant elles paraissent variées, d’importance inégale et de portée diverse : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la sécurité sociale, paritarisme … A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance ».

La lutte des classes ? Le plus grand milliardaire de la planète, Warren Buffett, répond : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre et nous sommes en train de la gagner ». Jusqu’à quand ? Cela ne dépend que de nous, et ce, sans illusions sur les faux prophètes de la gauche de droite. Comment ? En commençant, pour reprendre la ligne de conduite des Amis de l’Emancipation Sociale « S’informer pour se libérer – Se libérer pour agir – Agir en s’auto organisant et s’auto organiser dans l’égalité ».

1 Selon l’expression de Sébastien Fontenelle – chroniqueur à Politis
2 www.yanninfo.fr

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