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Lettre ouverte à Manuel VALLS, Premier Ministre

vendredi 20 juin 2014, par Club Politique Bastille

Monsieur le Premier Ministre,

Tandis que vous vous entraînez avec une constante assiduité à la pêche sous-Marine, en prévision sans doute des vacances du Pouvoir, on retrouvait le corps presque sans vie de Darius, jeune Rom « lynché », selon l’expression de la presse, par des habitants d’un quartier très pauvre de Pierrefitte-sur-Seine, accusé d’avoir commis un vol de plus.

Monsieur le Premier Ministre, personne ne saurait vous accuser de complicité dans cette atrocité commise dans cette cité atroce appelée par antiphrase « des Poètes ». Vous n’étiez en effet pas là.

Il serait trop simpliste d’expliquer que cette violence immonde, que le Président de la république a bien voulu condamner, et que vous avez qualifié d’ « inacceptable », serait la simple conséquence de la politique que vous conduisez dans la continuité des gouvernements et présidents précédents, de chasse aux Roms, et qui concentre –pardonnez ce mot chargé de mauvais souvenirs- de plus en plus les Roms dans des campements dont se réduit le nombre, aux abords de villes auxquelles il suffit de retirer un « l » pour leur donner l’adjectif qui convient à votre dégoût d’homme policé.

Cependant n’est-il pas peut-être trop facile aussi de s’indigner devant tant de violence faite à un jeune Rom, quand on a depuis si longtemps stigmatisé, comme vous l’avez fait vous-même, la définitive et irrémédiable étrangeté de cette peuplade vis-à-vis de nos valeurs civilisationnelles ? Un Rom n’est jamais vraiment jeune, seize ans est déjà un âge illégal, puisqu’il porte en réalité l’âge séculaire des vols et autres délits attribués aux Roms de presque toute éternité.

N’est-il pas également trop facile de s’étonner de la sauvagerie barbare du sort qui lui a été fait par des habitants de la Cité des Poètes de Pierrefitte ?

Un reportage du Monde de Soren Seelow indique : « Samedi, au lendemain de l’agression, un gamin du quartier s’est fait tabasser à coups de batte de base-ball par des jeunes de dix-sept ans pour une histoire de portable volé. Personne n’a appelé la police : les agresseurs se sont fait châtier par d’autres adolescents  ». Le reportage ne dit pas si l’histoire s’arrêtera là ou, si, comme c’est envisageable, ce châtiment des châtieurs ne va pas donner lieu lui-même à des affrontements croissant en cercles centrifuges.

Dans une formule proche de l’oxymore, d’une densité que vous apprécierez certainement, en homme cultivé que vous êtes, vous, un habitant de cette cité résume, dans ce reportage, la situation : « On est condamnés à se faire justice nous –mêmes, d’ailleurs on est condamnés à tout faire nous-mêmes. C’est ça le problème. (...) Ici, il n’y a pas un ciné, pas un centre commercial, pas une piscine, pas un parc pour les enfants, rien. »

Non, personne, Monsieur le Premier Ministre, ne peut vous accuser de complicité puisque vous n’étiez pas là non plus pour voir ce que la volonté politique de privation de toute éducation pour la jeunesse, de tout travail, de tout loisir véritable, de tout ce qui fonde une vie sociale un tant soit peu harmonieuse, ou au moins supportable, ne peut que générer chez des hommes aussi normaux que vous et moi. Alors, que peut-on vraiment qualifier d’ « inacceptable », Monsieur le Premier Ministre, quand on occupe la fonction que vous occupez, après avoir occupé celle de Ministre de l’Intérieur ?

(Imaginez seulement, Monsieur le Premier Ministre, ce que pourrait être actuellement, dans la situation d’extrême misère politique où ils se trouvent, une cité organisée à la manière de Pierrefitte, où seraient entassés l’ensemble de ce qui reste de militants et d’adhérents de votre parti, avec leurs élus, dont les plus prestigieux d’entre eux : quelles "inacceptables" violences n’en seraient-elles pas alors à redouter ?)

Mais il n’est pas nécessaire d’en arriver à un tel conte pour se représenter le risque de multiplication d’un phénomène que vous pouvez présenter encore comme l’exception, avec le mépris et le dégoût qui vous conviennent du haut de votre marchepied, face à l’état où votre politique, dans la droite lignée des précédentes, a conduit ces populations : tandis que les patrons commencent à percevoir les chèques que leur dispense la libéralité à ciel ouvert de votre « contrat » si peu social, s’accumulent peu à peu, à partir des cheminots, des « intermittents » du spectacle, de tous les secteurs du travail, de la santé publique, de l’école publique, les germes d’une « violence » d’un tout autre type, pour laquelle ni vous, ni votre Président, ne pourront trouver de mots assez sonores (sinon celui, repris par François Hollande du Maurice Thorez d’après-guerre, qu’ « il faut savoir terminer une grève »), ni surtout, espérons-le , de parade assez efficace.

Et seule cette violence-là, Monsieur le Premier Ministre, saura venir à bout des abominations qu’a subies Darius.

Pierre SALVAING, enseignant retraité

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